5 scénarios pour sortir du duo infernal Macron-Le Pen

5 scénarios pour sortir du duo infernal Macron-Le Pen

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Pour ne pas répéter le duo infernal de 2017 en boucle jusqu'en 2022, il est temps de tout remettre à plat. Sans quoi, difficile de demander aux Français d'avoir envie d'envie de politique.

1. Union de la gauche

Ressusciter Mitterrand ?

Probabilité : moyenne.
Ceux qui en bénéficieraient : Yannick Jadot ou Raphaël Glucksmann.
Celui qui en pâtirait : Jean-Luc Mélenchon.
Potentiel électoral : fort au premier tour, moyen au second.

« Envie de gauche », « une gauche à reconstruire », « la gauche de demain » … Si la perspective n'a pas l'air d'exciter particulièrement les électeurs, elle emballe en tout cas dans les salles de rédaction parisiennes, qui ne cessent de presser « la gauche » de s'unir. Lors de ces européennes, elle s'est avancée plus morcelée que jamais, d'Europe Ecologie-Les Verts au Parti communiste en passant par La France insoumise, le Parti socialiste ou Générations. Lors des débats télévisés, l'électeur progressiste a pu d'ailleurs ressentir un certain malaise en voyant ses convictions défendues par une foultitude de candidats. « On a exposé des idées, et finalement c'est presque les mêmes », avouait ainsi Raphaël Glucksmann.

L'arc de la gauche rassemblée a déjà gouverné le pays : sous François Mitterrand, bien sûr, mais aussi lors de l'expérience du gouvernement de « gauche plurielle » de Lionel Jospin. « Le problème de l'union de la gauche est celui des appareils, du leadership et des querelles personnelles, beaucoup plus que des divergences idéologiques », juge le politologue Rémi Lefebvre, qui envisage une « primaire interpartis » autour d'un « socle programmatique commun » pour 2022. L'ancien sénateur PS Henri Weber énumère quatre thèmes de convergence : « la transition écologique, la fin des dogmes néolibéraux, le progressisme sur les sujets de société et la promotion du continent européen comme espace privilégié de réforme ».

EELV tient les rênes

Se dessine au passage une frontière entre une gauche urbaine favorable à l'UE et une alternative plus souverainiste et anti système représentée par La France insoumise. L'ambition de Jean-Luc Mélenchon de réunir une « fédération populaire » derrière lui a d'ailleurs été mal accueillie par le reste de la gauche, qui lui reproche sa volonté hégémonique et son « populisme ». Ce projet est encore plus hypothéqué par le résultat des européennes. C'est désormais EELV qui tient les rênes… Mais Les Verts et leur « écologie de marché » aux européennes se réclament-ils encore de la gauche ? « A celles et ceux qui se réclament de la gauche, nous voulons dire que l'avenir de ce qui a été appelé gauche, c'est l'écologie », écrivait ainsi le secrétaire national David Cormand dans la foulée du scrutin.

Cette « social-écologie » qui ravirait la fondation Terra Nova pourrait se matérialiser aux municipales de 2020. Mais une réalité arithmétique la condamne : même additionnées, ses voix pèsent au grand maximum 35 % au niveau national. « L'union de la gauche est possible, mais elle n'aurait aucun poids politique, tranche le sondeur Jérôme Sainte-Marie. Une gauche rassemblée aurait le rôle de tiers exclu qu'occupe aujourd'hui le RN. » Mandats assurés, garantie de rester minoritaire : à gauche, on en connaît un certain nombre que l'idée enchante…

2. LES "RÉPUBLICAINS DES DEUX RIVES"

Dans les pas de Chevènement et de Séguin

Probabilité : extrêmement faible.
Celui qui en bénéficierait : la personnalité, encore inconnue, qui prendrait la tête de cette alliance.
Celui qui en pâtirait : Emmanuel Macron.
Potentiel électoral : fort au premier tour selon l'étendue du rassemblement, majoritaire au second.

Cet assemblage réussit l'exploit de paraître aussi évident qu'impossible : et si, pour répondre à l'alliance des euro-libéraux de gauche et de droite réussie par Emmanuel Macron, les « républicains des deux rives », selon l'expression chère à Jean-Pierre Chevènement, joignaient leurs forces ? Le nouveau clivage, entre partisans de l'adaptation économique de la France à la mondialisation et tenants d'une défense souveraine du modèle national, concurrence une opposition gauche-droite de moins en moins signifiante. Il l'a fait exploser lors des référendums de 1992 et 2005, où des électeurs des deux bords se sont rassemblés de part et d'autre. La présidentielle de 2017 a confirmé cette nouvelle bipartition de l'espace politique, entre ce que le sondeur Jérôme Sainte-Marie appelle « le bloc élitaire » incarné par Emmanuel Macron et un « bloc populaire » rétif au libéralisme économique et/ou culturel, qui a soutenu Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle. Le mouvement des « gilets jaunes » a, lui, été la traduction sociale de ce mouvement politique.

On entrevoit le projet politique d'un bloc républicain -défense de la souveraineté, des services publics, du modèle social français et de la laïcité -, mais ses contours restent flous. « Untel ralliementdoit se faire sans conditions et sans exclusive, en réunissant toute organisation politique qui est d'accord pour défendre trois points : la reconquête de la souveraineté, la justice sociale et la réindustrialisation de la France », propose Dominique Jamet, ancien vice-président de Debout la France. Qu'est-ce qui bloque ? A peu près tout le reste… « Des fossés très profonds sur des sujets comme l'immigration et l'identité empêchent les convergences, constate le politologue Jérôme Fourquet, auteur de l'Archipel français (Seuil). Entre La France insoumise et le Rassemblement national, l'un ne peut pas absorber l'autre. » Pour preuve, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon n'ont quasiment pas voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.

Le RN par défaut

« Il y a toutes sortes de raison pour exclure tout rapprochement avec la gauche ou la droite, regrette Dominique Jamet. Mais refuser de remettre en question ses préjugés sur l'immigration ou la PMA, c'est se condamner à être éternellement minoritaire et préférer défendre ses idées sans avoir le pouvoir de les appliquer. » Qui pour prendre la tête des « républicains des deux rives » ? Pour Jérôme Sainte-Marie, « la radicalité du bloc élitaire renforce le Rassemblement national, qui apparaît de plus en plus comme le débouché politique des “ gilets jaunes ”. La division du bloc populaire en deux entités politiques se simplifie depuis que La France insoumise s'en auto exclut ».

Reste que la radicalité du RN, le poids de son passé et son manque de crédibilité semblent le disqualifier pour rallier une majorité populaire derrière lui dans un second tour. « Le RN, vieillissant et corrompu, est un épouvantable porte-parole du souverainisme français, juge le professeur de philosophie Raphaël Enthoven sur Twitter. Mais c'est le seul à faire jeu égal avec la majorité. Tant qu'un vrai parti politique républicain et souverainiste ne verra pas le jour, il faudra se contenter de ces gens-là. » Bref, le « bloc Michelet » décrit en son temps par André Malraux n'est pas près devoir le jour.

3. L'UNION DES DROITES

Le projet Eric Zemmour

Probabilité : faible.
Celle qui pousse : Marion Maréchal.
Ceux qui bloquent : Laurent Wauquiez, Marine Le Pen.
Potentiel électoral au premier tour de la présidentielle : fort.

Sous le quinquennat de François Hollande, Eric Zemmour, Philippe de Villiers et Patrick Buisson avaient pour habitude de se retrouver à La Rotonde, la brasserie parisienne préférée d'Emmanuel Macron. L'objet de leurs conversations enflammées ? Une hypothétique union des droites, qui ferait sauter la fameuse digue entre Les Républicains et le Front national (désormais Rassemblement national). A la clé, une grande clarification vers une ligne à la fois identitaire, conservatrice et eurosceptique. Avec un agenda idéologique simple, sinon simpliste : le double rejet de l'immigration et de l'Union européenne, saupoudré de libéralisme économique à la papa dans le cadre national.

Nos trois comploteurs sont convaincus que les couches profondes du pays réclament untel attelage aux accents poujado-reaganiens. La réalité est plus nuancée. Depuis plusieurs années, les sondages s'accordent à démontrer que moins de la moitié des sympathisants de droite souhaitent s'allier avec le RN. Et, de leur côté, les électeurs RN nourrissent une solide antipathie pour les dirigeants des Républicains, assimilés au « système ». Le blocage est encore plus patent du côté des appareils. Laurent Wauquiez le répète à qui veut l'entendre : lui, président de LR, « il n'y aura jamais d'alliance avec Marine Le Pen ».

Marion en embuscade

Wauquiez cherchait en fait à siphonner l'électorat le pénis te sans passer d'accord avec le RN, à la manière d'un Nicolas Sarkozy en 2007. Sauf que c'est exactement l'inverse qui se produit : les électeurs LR semblent s'être définitivement volatilisés, comme l'a confirmé le score catastrophique de la liste Bellamy aux européennes (8,5 %). Quant à Marine Le Pen, elle ne croit pas une seconde à l'union des droites, « une chimère » bonne pour les dîners en ville. « Ce qu'il faut, c'est l'union du peuple », claironne-t-elle, forte d'un électorat populaire et composite, qui va des déçus du sarkozysme à d'anciens électeurs communistes. La patronne du RN a pourtant acté un tournant stratégique important lorsqu'elle a rebaptisé son parti l'an dernier, en annonçant être désormais ouverte à des alliances. Mais, à part le recrutement sur la liste des européennes de deux ex-LR en mal de mandat - Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud -, cette annonce tonitruante n'a eu aucun débouché.

« L'union des droites n'est pas d'actualité, car, même s'il y aune demande d'une partie des électorats, les états-majors sont sur des positions irréconciliables, résume Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop. Après, on peut faire de la politique-fiction : si l'on est dans la même situation en 2022 et que Marine Le Pen échoue de nouveau face à Macron, les frontistes peuvent vouloir changer de tête de gondole. » Tous les regards se tourneraient alors vers Marion Maréchal qui, si elle a quitté la scène politique, travaille toujours à la fameuse union des droites avec l'école de science politique qu'elle a fondée. Plébiscitée par les sympathisants RN, l'ex-députée est aussi plus populaire que Marine Le Penchez ceux de LR… Sauf que, si elle ne ferme pas la porte à un retour, Marion Maréchal martèle qu'elle se refuse à affronter sa tante. Au risque d'impatienter le trio de La Rotonde.


4. L'ALLIANCE VERTE

Le rêve de Nicolas Hulot

Probabilité : élevée.
Ceux qui poussent : Nicolas Hulot, Yannick Jadot.
Ceux qui en pâtiraient : Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure.
Potentiel électoral : important.

Pendant près de vingt ans, Nicolas Hulot atout essayé. Chuchoter à l'oreille d'un président (Chirac, 2002), placer son pacte écologique au cœur d'une présidentielle (celle de 2007), participer à une primaire écolo (2012), entrer au gouvernement (2017), en claquer la porte avec fracas en fustigeant une politique « des petits pas » et surtout en regrettant l'absence de soutien citoyen (2018). Neuf mois plus tard, un mouvement européen de jeunes pour le climat s'est levé, l'environnement est devenu l'une des premières préoccupations des Français, la liste EELV s'est classée troisième aux européennes. Après avoir tenté d'influer sur le système, les écolos pourraient devenir le système, espère maintenant l'ancien ministre. « Il faut une approche intégrale et systémique, l'écologie n'est pas une variable d'ajustement… C'est le prisme par lequel doivent passer toutes les politiques, on s'affranchit des dogmes », a-t-il assuré vendredi 24 mai.

Large palette

Une alliance politique pourrait donc voir le jour, sur fond vert. Certains ont vu dans le rassemblement du 19 mai à Gonesse, dans le Val d'Oise, la préfiguration de ce nouveau cadre politique. Des personnalités comme Yannick Jadot, Benoît Hamon, Ian Brossat, Delphine Batho, Clémentine Autain, Pascal Durand ou Claire Nouvian étaient réunies pour s'opposer au projet d'Euro paCity, un immense centre commercial et de loisirs construit sur des terres agricoles avec une piste de ski artificielle, une aberration écologique. « La reconstruction se fera autour de gens qui s'opposent à des projets comme cela. Cela dessine les contours de ce que pourrait être une écologie politique rassemblée », confiait alors au Monde Marie Toussaint. Elue dimanche, cette eurodéputée EELV est à l'origine de la pétition « L'affaire du siècle » qui a recueilli plus de 2 millions de signatures. Autant de soutiens, rêvent certains, pour une future alliance. Sauf qu'il va falloir s'accorder sur les contours et surtout les options politiques. « L'écologie n'est pas une politique, c'est une aspiration, observe ainsi le socialiste Henri Weber. Or, il peut y avoir toutes les nuances de vert, du vert pomme de l'écosocialisme au vert-de-gris de l'écologie autoritaire. »

Et de nouveaux déchirements se préparent. Quand certains envisagent de colorer l'ancien rose et rouge d'un peu de vert, Yannick Jadot met en garde « contre la reconstruction de la gauche plurielle de 1997 ». « Ce serait une erreur de penser comme avant », abonde le député ex-LREM Matthieu Orphelin. Ce proche de Nicolas Hulot plaide, lui, pour une « constellation de projets, sans dissoudre les identités politiques, mais en s'affranchissant des ego ». Delphine Batho, ancienne ministre et ancienne socialiste, devenue partisane de l'écologie intégrale, propose, elle, un clivage radical opposant « les destructeurs et les Terriens ». Le politologue Jérôme Fourquet imagine un rassemblement plus réaliste. « A la fin du quinquennat, on pourrait imaginer un scénario à l'allemande : une partie des écologistes passeraient un contrat de gouvernance avec La République en marche, comme la CDU et les Grünen ont pu le faire », observe-t-il. Sauf que, pour qu'un tel contrat soit signé, il faudrait, comme le rappelle Matthieu Orphelin, que LREM accepte de plancher sérieusement sur la régulation du capitalisme.


5. L'UNION SACRÉE

L'hypothèse Clemenceau

Probabilité : extrêmement faible.
Ceux qui bloquent ? Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Qui y gagnerait ? Xavier Bertrand.
Potentiel électoral : élevé.

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Tout commence en mystique et finit en politique », écrivait Péguy. Mais, en politique, tout se gagne peut-être par l'arithmétique. Simple comme une somme de voix, basique comme une addition de suffrages. Si les deux nouveaux poids lourds, La République en marche et le Rassemblement national, totalisent effectivement 45,7 % des votes, les autres partis affichent ensemble… 54,3 %. D'où cette hypothèse faite sur un coin de table : il suffit à toutes les listes de s'allier - contre « l'extrême centre » (LREM) et « l'extrême droite » (RN) -, pour revendiquer la majorité. Pas vraiment réaliste tant ces deux blocs trouvent chacun un intérêt à continuer ainsi. Le duel tournerait même au duo. Au grand bénéfice du président, ce jeu conduit à proroger le triptyque libéral « Bercy-Berlin-Bruxelles » par l'absurde entremise de Marine Le Pen, transformée en assurance vie du macronisme. A l'inverse, le score du RN lui attribue de fait le monopole de « l'antisystème ». « Un schéma “ Ni Macron, ni Le Pen ” exige de cocher trois cases : des circonstances favorables, une stratégie programmatique et une incarnation politique », poursuit Bruno Amable, économiste et théoricien du « bloc bourgeois » (alliance du centre gauche et du centre droit).

La première condition ne semble pas complètement irréalisable, malheureusement… Une deuxième crise financière du type Lehman Brothers, avec faillites bancaires en cascade et indices boursiers en berne, révélerait au grand jour l'impéritie des Etats, lestés de dettes depuis leurs précédentes interventions au grand bénéfice des financiers. « Franklin Roosevelt émerge de la Grande Dépression et renverse la table contrecertaines puissances établies, en particulier la Cour suprême et les lobbies », poursuit l'économiste. Dans un contexte, cette fois, de guerre totale, le président de la République -alors expert en chrysanthèmes -Raymond Poincaré se résout à pousser en 1917 son grand rival Georges Clemenceau pour l'ultime effort.

Tous contre deux

Les précédents existent donc, reste à savoir quelles revendications porterait ce grand agrégat anti-Macron et anti-Le Pen ? Le principe « cour de récré » -les ennemis de mes ennemis sont mes amis -ne suffit pas à établir un programme cohérent. Pour l'économiste Jacques Sapir, ce type d'alliance peut très bien émerger de façon ponctuelle et circonstanciée. En avril, les parlementaires LFI, LR et socialistes unirent leur vote pour bloquer la privatisation d'Aéroports de Paris, ouvrant ainsi la voie à un référendum d'initiative partagée, dans un élan « gaullo-communiste », pour reprendre une formule entendue dans les travées des assemblées.

« Les comités pour la collecte des 4,7 millions de signatures, préalable au lancement du référendum, peuvent à grande échelle reproduire une telle coalition », explique Jacques Sapir. Reste à connaître la personne pour incarner cette Union sacrée. « Untel front se construira non pas à partir d'appareils politiques mais à partir du peuple, car le moment demeure bonapartiste tant la question première est l'aspiration au commun au travers d'une projection politique dans la France en grand. Emmanuel Macron se présenta d'ailleurs comme un Bonaparte de la “ start-up nation ” », douche le politologue Stéphane Rozès, président de CAP. Mais alors où trouver un nouveau Bonaparte ? « Le général de Villiers n'y semble pas disposé, François-Xavier Bellamy ne se départ pas du logiciel filloniste et Montebourg manque d'ancrage territorial et oscille trop. Xavier Bertrand ou une autre figure pourrait représenter un recours », répond Rozès. Laguerre des deux - Macron et Le Pen -aura peut-être encore lieu.

 

 

 

 

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