Macron et l'Europe : grand diseux, petit faiseux

Macron et l'Europe : grand diseux, petit faiseux

 

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En campagne pour les européennes, le chef de l'Etat fait mine de tenir tête à l'Allemagne et joue en solo sur des sujets aussi cruciaux que le Brexit ou le commerce avec les Etats-Unis. Mais pour quels résultats ?

La journaliste allemande vient de terminer sa question, et Emmanuel Macron semble déjà savourer sa réponse. La conférence de presse dure depuis deux heures dans la salle des fêtes de l'Elysée, ce 25 avril, et le président est interrogé sur la santé du sacro-saint « couple franco-allemand ». Après les politesses d'usage sur ce « tandem fort », il passe à l'attaque, revendiquant « des désaccords » et « des confrontations fécondes ». Surtout, Macron se lâche sur le fameux « modèle allemand »… « L'Allemagne est sans doute à la fin d'un modèle de croissance qui a beaucoup profité des déséquilibres de la zone euro, assène-t-il. Elle a un modèle productif qui a beaucoup reposé aussi sur un certain déséquilibre, le fait qu'il y a des pays à bas coûts, qui est le contraire du projet social que je porte au niveau de l'Europe. »

Ce n'est certes pas une déclaration de guerre, mais le propos est pour le moins « disruptif », pour reprendre la terminologie macronienne. Car, si le diagnostic est une évidence, on désespérait d'entendre un président français le formuler aussi clairement ! De Chirac à Hollande en passant par Sarkozy, la tradition veut plutôt que nos chefs de l'Etat s'inclinent devant la puissance économique germanique, dopée aux excédents commerciaux, et cherchent à tout prix à éviter les foudres d'Angela Merkel.

Fini les compromis de couple en coulisse

La chancelière, justement, a déjà pu noter ce raidissement le 10 avril, lors d'un énième sommet bruxellois sur le Brexit. La tradition, dans ce type de grand-messe, veut que le couple franco-allemand se retrouve en petit comité et s'accorde sur une position qui donnera le ton, avant d'aller discuter avec les autres dirigeants. Mais cette fois, point de compromis en coulisse. Macron a atterri à Bruxelles avec un message clair : les Britanniques doivent sortir le plus tôt possible pour permettre à l'Union européenne d'avancer. Alors que Merkel, hantée par l'impact d'un no deal sur les exportations allemandes, était prête à accorder jusqu'à un an de délai à Theresa May. De quoi animer la nuit de négociations pendant laquelle Emmanuel Macron a agacé au plus haut point certains de ses homologues. Même si le président français n'est pas allé jusqu'à sortir la carte du veto, comme l'avait fait le général de Gaulle pour s'opposer à l'entrée du Royaume-Uni en 1963, et s'est rallié au compromis final fixant une nouvelle date butoir au 31 octobre.

Il n'empêche, le petit numéro macronien a frappé les esprits. Qu'est-il arrivé à celui qui faisait agiter des drapeaux étoilés dans ses meetings ? A celui qui vantait encore, dans ses vœux aux Français de la fin 2017, « ce colloque intime avec nos amis allemands », qui serait « la condition nécessaire à toute avancée européenne » ? C'est très simple : Emmanuel Macron est à nouveau en campagne, cette fois pour les élections européennes du 26 mai. Et il estime qu'il lui faut marteler à tout prix ses ambitions pour l'Europe, qui se heurtent pourtant à un mur, à Berlin et ailleurs.

Le 15 avril, la France a ainsi été le seul Etat membre de l'UE à s'opposer à l'ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis. Motif : Macron, champion autoproclamé de la lutte contre le réchauffement climatique, n'a pas pardonné à Donald Trump de s'être retiré de l'accord de Paris. Une prise de position à la don Quichotte, puisque le non français n'a rien changé : la décision ne requérait pas l'unanimité. « C'était une manière de mettre les autres pays devant leurs responsabilités, justifie Marie-Pierre Vedrenne, troisième sur la liste macroniste menée par Nathalie Loiseau pour les européennes. Dans ce genre de situation, il faut assumer d'être seul. » Ne serait-ce que pour le claironner devant les électeurs…

« Macron fait surtout de la politique nationale. La France ne peut pas influer seule sur le cours d'une négociation commerciale entre l'Europe et les Etats-Unis », tranche Jean-Eric Branaa, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de politique américaine. Fin 2018, Macron avait subi un autre désaveu sur la taxation des géants du numérique. L'Allemagne - encore elle - avait fait capoter le projet de taxe Gafa poussé par la France. Pour ne pas perdre complètement la face, le gouvernement a mis sur les rails en catastrophe une taxe uniquement française - évidemment ridicule face à des groupes champions de l'optimisation fiscale à l'échelle mondiale.

“MACRON FAIT SURTOUT DE LA POLITIQUE NATIONALE. LA FRANCE NE PEUT PAS INFLUER SEULE SUR LE COURS D'UNE NÉGOCIATION COMMERCIALE ENTRE L'EUROPE ET LES ÉTATS-UNIS.” JEAN-ÉRIC BRANAA (IRIS)

La volonté de poser des marqueurs forts

Macron ou le cavalier seul permanent, donc, pour tenter de convaincre des électeurs peu passionnés par la chose européenne qu'il peut encore faire bouger les lignes. « L'Europe qui a échoué, c'est celle qui n'a jamais le courage de prendre des décisions fortes, celle qui essaie toujours de les reporter. Cette Europe du statu quo, nous voulons la changer », s'enflamme Sandro Gozi, ex-secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes, 22e sur la liste de La République en marche. « On a fait crever l'Europe par manque de politique et de positions tranchées, martèle, de son côté, un stratège de la campagne LREM. On est en période électorale : il est normal de poser des marqueurs face à nos partenaires. Ce sont des actes de campagne, mais dans la perspective d'amener une position majoritaire ensuite. »

Clément Beaune, le conseiller Europe d'Emmanuel Macron, nous disait peu ou prou la même chose en marge de la conférence de presse présidentielle : « On ne met pas la poussière sous le tapis. Mais si on pose ces divergences sur la table, c'est pour mieux travailler aux convergences par la suite. »

La méthode est-elle la bonne ? Depuis sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron n'a cessé de le marteler : il était celui qui allait « refonder le projet européen ». De son discours de la Sorbonne, en 2017, à sa lettre aux « citoyens d'Europe », en mars dernier, il a multiplié les propositions, entre budget de la zone euro, banque du climat ou « bouclier social » européen. Sauf que, côté allemand, les nein se suivent et se ressemblent. Dernier en date : la réponse salée d'Annegret Kramp-Karrenbauer, la dauphine de Merkel. « AKK » a retoqué à peu près toutes les idées du chef de l'Etat, à commencer par celle d'un salaire minimum européen.

“ON A FAIT CREVER L'EUROPE PAR MANQUE DE POLITIQUE ET DE POSITIONS TRANCHÉES. CE SONT DES ACTES DE CAMPAGNE, POUR AMENER UNE POSITION MAJORITAIRE ENSUITE.” UN STRATÈGE DE LA CAMPAGNE LREM

Une situation plus difficile que prévu

De quoi faire ressembler Emmanuel Macron à Sisyphe poussant son rocher… « Après son élection, il est parti flamberge au vent et il a eu raison, parce que c'est le rôle traditionnel de la France d'être agitatrice d'idées. Mais il se heurte à une situation plus difficile que prévu, notamment parce que l'Allemagne traverse une vraie crise d'identité et que Merkel a les deux pieds figés dans le béton », commente Jean-Dominique Giuliani, qui préside la Fondation Robert-Schuman, un think tank proeuropéen. Ce qui n'excuse pas les erreurs du président, selon lui : « Avec son clivage progressistes/populistes, Macron a théorisé le fait qu'il existait un espace politique européen, mais ça ne correspond pas à la réalité. Les discussions entre Etats, ce n'est pas de la politique nationale. On ne peut pas se fâcher avec tout le monde ! » « Il y a peut-être une question de style, mais les problèmes que pose la France sont les bons, assure un autre Européen fervent, le député MoDem Jean-Louis Bourlanges, membre de la majorité. Beaucoup étaient convaincus que la France était l'homme malade de l'Europe et qu'elle devait prouver sa volonté d'aller de l'avant. En réalité, c'est l'Allemagne qui se montre satisfaite du statu quo. Elle pense qu'il suffit juste de respecter les traités. »

Macron aura-t-il les mains plus libres après les européennes ? Rien n'est moins sûr. Son parti cherche désespérément des alliés dans le futur Parlement européen, sans grand succès pour l'instant. « A l'échelle européenne, il n'y aura pas de séisme politique », prévenait récemment le commissaire européen Pierre Moscovici, en petit comité. A Bruxelles et Strasbourg, où tout se joue par la négociation et les alliances d'opportunité, les macronistes devront se glisser dans les interstices, face à des Allemands solidement implantés dans les instances européennes. Autant dire que Berlin n'est pas près de perdre la main, et que les grands chantiers macroniens risquent fort de rester en friche.

 

 

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