Pour répondre aux gilets jaunes, Macron est allé chercher... dans son programme

Pour répondre aux gilets jaunes, Macron est allé chercher... dans son programme

 

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L’embrasement de Notre-Dame a ruiné le plan de sortie du grand débat élaboré par Emmanuel Macron. Les mesures qui ont fuité prouvent à quel point le chef de l’Etat souhaitait avant tout recycler son propre programme présidentiel, avec quelques changements à la marge.

Emmanuel Macron a d’abord pensé pouvoir mettre le pays sur pause. Après l’inimaginable incendie de la cathédrale Notre-Dame, la vie politique allait reprendre son cours, l’émotion s’estomper et il pourrait détailler ses annonces de sortie du « grand débat », présentées comme le lancement de l’acte II de son quinquennat…

Le chef de l’Etat venait de finir d’enregistrer son adresse à la Nation lundi soir quand il a appris que le célèbre monument était en proie aux flammes, et décidé d’en annuler la diffusion. Le lendemain, un autre désastre l’attendait : le contenu de son intervention fantôme fuitait dans les médias. Des mesures soupesées depuis des semaines se déversaient dans le plus grand désordre, comme autant de braises, sur la place publique. Un cauchemar de communicant - un de plus - alors que la majorité chauffait la piste depuis des jours, annonçant l’imminence et la cohérence d’un « nouveau projet national », composé de mesures « puissantes ».

Un habitué de l’Elysée se justifie rétrospectivement : « Lors du “grand débat”, les revendications semblaient tellement disparates, qu’il était impossible de faire plaisir à tout le monde. Il fallait donc réussir à créer de l’attente, du désir, alors que le président s’était déjà exprimé devant les caméras pendant plus de 97 heures depuis la mi-janvier. » Seule solution à l’en croire, survendre un prétendu effet « waouh ». Tout ça pour finir en un « pschitt » très chiraquien.

Emmanuel Macron avait apporté un soin évident à ce texte que Marianne a pu consulter. Pas de quoi apaiser la fureur jaune, mais sans doute ce savant enrobage aurait-il comblé quelques électeurs LREM et apaisé leurs inquiétudes dans la perspective des européennes. Le président y remerciait « du fond du cœur » les participants au grand débat. De son interminable tour de France, il retenait les « enfances blessées », la détresse des femmes privées de pensions alimentaires, aux horaires « brisés », les « relégués » à une heure de voiture de la ville, en bref, « la brutalité du monde contemporain qui perd souvent sa dimension humaine ». Et il entendait y répondre par un « acte nouveau pour notre République».

Débarrassées de leur bel emballage, les annonces envisagées sont avant tout révélatrices de la prison dans laquelle ce jeune président prétendument disruptif s’est enfermé. Car ces mesures relèvent du grand recyclage. En particulier sur le plan de la fiscalité. Envers et contre tous, Emmanuel Macron s’accroche à sa réforme de l’ISF. Il promet bien « une évaluation », mais celle-ci était déjà prévue dans la loi votée en 2017.

Unique revirement, les petites retraites de moins de 2 000 euros seront bien réindexées sur l’inflation à compter du 1er janvier. Le président entend privilégier « ceux qui travaillent ». C’est à eux qu’il promet des baisses d’impôts sur le revenu. Ce qui pourrait se traduire, selon l’un des scénarios étudiés par Bercy, par l’adoucissement de l’entrée dans l’impôt. Ce dispositif serait financé par la suppression de certaines niches fiscales, la nécessité de travailler davantage et des réductions de dépenses publiques, thèmes inflammables sur lesquels le président ne s’attarde guère. D’autant qu’il promet, en même temps, de ne pas fermer une école ou un hôpital d’ici la fin de son quinquennat !

Un léger infléchissement

Tout juste pointe-il certains « organismes inutiles » qu’il faudrait démanteler, mais sans les nommer. Il annonce bien une mesure symbolique, revendication des « gilets jaunes », la suppression de l’ENA, dont il est issu, ou plutôt son remplacement par une autre structure.

Deux ans après son élection, après une crise d’une longueur et d’une violence inédite, il a donc opté pour un simple infléchissement de son programme : il propose, par exemple, de restreindre à 24 le nombre d’élèves par classe de la grande section de maternelle au CE1 d’ici la fin du mandat. Ou alors une prime mobilité pour les trajets domicile travail qui pourrait être prise en charge par l’employeur pour les salariés qui s’engagent à avoir un mode de transport plus écolo, et enfin la pérennisation de la prime exceptionnelle crée en décembre dernier et qui avait connu quelque succès. Un catalogue qui n’a pas séduit son ancien général en chef, Gérard Collomb. « Lorsque vous regardez chacune des mesures, elles correspondent à l’aspiration d’une certaine catégorie des français. Le seul problème c’est qu’elles sont posées les unes à côté des autres sans que l’on voie le lien qu’il peut y avoir. ».

Très attendu sur les questions démocratiques, Emmanuel Macron se dérobe, là aussi, devant l’obstacle. Il promet simplement un assouplissement du référendum d’initiative partagée et un référendum d’initiative citoyenne (le fameux RIC) cantonné aux sujets locaux. Des nouveautés qui doivent surtout permettre de ressusciter la réforme des institutions, remisée au placard depuis les déboires de l’affaire Benalla et l’irruption des « gilets jaunes ».

« Le texte était mal emmanché, il y avait trop de choses, confie un ministre. L’idée, c’est de le recentrer sur la démocratie, avec plus de place pour les référendums, et sur les territoires, avec l’article sur la différenciation. » Un concept déjà inscrit dans le réforme institutionnelle, qui permettrait aux collectivités d’exercer différentes compétences en fonction de la spécificité de leur territoire, comme c’est le cas en Corse. La réduction du nombre de parlementaires et la dose de proportionnelle aux législatives, inscrites dans le programme de Macron, reviennent, elles aussi, par la fenêtre. Mais seront visiblement amendées puisqu’il évoque par exemple une dose « significative de proportionnelle », ancienne revendication de son ami François Bayrou. Reste à trouver un créneau pour l’examen du texte. L’exécutif aimerait programmer la réforme pour cet été.

Jusqu’à lundi soir, Macron avait donc bien l’intention de s’en tenir à son serment initial : ne pas se renier, ne pas changer de cap. « Ce n’est pas une rupture avec sa campagne. Au contraire, il veut revenir aux sources de 2017, vante un ministre. Le bouleversement du système, c’est l’ENA. Le pragmatisme, c’est la différenciation pour les territoires. Et le travail qui paie, c’est la baisse des impôts. » Il insiste : « Tous ceux qui se sont dédits en cours de mandat se sont pétés la gueule. Rappelez-vous Hollande : il a fait campagne contre la finance avant de faire le CICE, ses électeurs ont moyennement apprécié. »

Mardi soir, apparaissant finalement à la télévision pour promettre, bravache, la reconstruction de Notre-Dame de Paris d’ici à cinq ans, Macron a paru supplier les Français de faire « comme si », de feindre d’oublier que ses mesures avaient été éventées. « Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte. Je sais l’espèce de fausse impatience selon laquelle il faut réagir à chaque instant. » Le chef de l’Etat s’exprimera donc « le moment venu ». Et déjà son entourage tente de rafistoler le cadeau au papier cabossé. « Comme tout est sorti, il va pouvoir rajouter des choses. Il va falloir essayer créer de la surprise. »

 

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