Correspondance avec Visa pour l'image

 

Le festival international du photo journalisme Visa pour l'Image ouvre ses portes du 31 Août au 15 septembre 2019. Dans ce cadre, sont exposés les travaux de deux photo-journalistes sur le mouvement des Gilets Jaunes. Au vu, des premiers résumés et des premiéres photos, certains d'entre nous ont voulu interpeller les organisateurs pour leur rappeler leur devoir de neutralité, d'indépendance et de réalisme. Un échange épistolaire s'en ai suivi, et il est reproduit ci-dessous dans l'ordre chronologique.

24/05/2019 Extrait de Compte Rendu

 

Notre but étant d'exposer des photos prises par des gilets jaunes lors de cette manifestation internationale qui se déroule à Perpignan, et verra affluer dans notre ville des reporters de toutes nationalités. Nous désirons montrer la réalité de ce qui s'est passé en France depuis des mois.

 

A cette fin, nous avons sollicité un rendez vous au président de visa pour l'image et l'on nous a demandé de faire cette demande par mail, ce que nous avons fait il y a une semaine et demie.

 

Sans réponse depuis, nous avons décidé d'aller sur place à Perpignan pour connaitre la raison de ce silence. Nous avons appris que le responsable, M. Leroy demeurant à Paris avait eu communication du mail et n'y avait pas donné suite. Nous avons obtenu les coordonnées de ce monsieur de mauvaise grâce et sommes repartis.

 

une heure plus tard M. Leroy me téléphonait pour me demander le motif de ce rendez  vous. Je lui ai expliqué le sens de notre démarche et il m'a répondu que ce n'était pas possible, la liste des participants était close et que de toute façon c'était prévu, que le sujet des gilets jaunes a été traité par deux photographes. Il ne reviendra pas là dessus et ne craignait pas les menaces.

 

Je lui ai rétorqué que les journalistes qui exposaient les photos des gilets jaunes travaillaient pour Paris match et le Figaro magasine et que cela ne nous convenait pas. Je lui ai fait part de ma décision de reporter ses paroles au groupe qui s'occupait de ce problème.

Il m'a dit qu'il voulait me faire parvenir son édito pour prouver sa bonne foi et que nous ne pourrions pas voir les photos avant l'ouverture du festival.

 

J'ai répondu à sa lettre et je vous fais parvenir les deux courriers échangés pour information.

Jean- Jacques

 

Monsieur, 

Comme promis, je vous envoie mon édito, dans lequel je parle des problèmes dont nous avons parlé ce matin.

 

Bien à vous

JF Leroy

 

Mexique, Venezuela, Égypte, Libye, Algérie, Corée du Nord, Chine,

Russie, Syrie, Bangladesh, Hongrie ; ces pays – liste malheureusement

non exhaustive – sont connus depuis très longtemps pour leurs atteintes

diverses à la liberté de la presse. On pourrait y ajouter Malte, ou encore

l’Irlande du Nord avec l’assassinat récemment de Lyra McKee, dans

lequel la Nouvelle IRA a reconnu sa responsabilité. Il faudrait s’attarder

aussi sur la Birmanie, où l’ex-icône de la résistance à la junte au pouvoir

et, hélas, « prix Nobel de la paix », Aung San Suu Kyi, justifie la peine

en appel de sept ans de prison pour Wa Lone et Kyaw Soe Oo, deux

journalistes de Reuters qui enquêtaient sur le massacre de dix civils

rohingyas et qui ont été piégés par la police*. On pourrait multiplier les

exemples. Le nombre de journalistes tués, blessés ou emprisonnés est,

chaque année, très impressionnant. Il faudrait les citer tous.

Plus près de nous, on voit des journalistes pris à partie, tabassés par

des manifestants ou des forces de l’ordre, sans que cela ne semble

émouvoir personne. Se battre pour conserver la protection des sources.

Il faudra, un jour ou l’autre, que l’Union européenne et même les Nations

unies se mettent enfin d’accord pour définir qui est journaliste ou non.

La carte de presse, dont l’attribution varie d’un pays à l’autre, doit faire

l’objet d’une uniformisation afin que tous les journalistes aient enfin les

mêmes droits, ce qui implique bien évidemment les mêmes devoirs.

Mais la tendance actuelle ne va pas dans ce sens. Les politiques –

même dans les grandes démocraties – reprochent de plus en plus

facilement aux journalistes de faire leur travail, qui les embarrasse si

souvent. Le public a de moins en moins confiance dans les médias.

Il faudrait tout remettre à plat, s’interroger, afin de regagner cette

confiance. Car l’information, le droit d’enquêter en toute liberté et en

toute honnêteté, reste l’un des piliers de la démocratie. Cela semble

une évidence. Il est tout de même nécessaire de le rappeler.

À Perpignan, nous continuons à montrer l’information du monde. Parce

que nous y croyons toujours. Plus que jamais.

* Le 7 mai, nous apprenons avec un immense soulagement que les deux

journalistes ont bénéficié d’une amnistie présidentielle et ont été libérés.

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Jean-François Leroy
Images-Evidence - Visa pour l'Image

 

 

Bonsoir Monsieur Leroy

 

J'ai bien reçu votre édito et je vous en remercie.

Visa pour l'image est très apprécié par la population parce que les journalistes qui fournissent des images pour cette manifestation ont souvent pris de très gros risques pour nous offrir ce témoignage.

Personnellement je pense qu'il est de mon devoir de citoyen d'aller consulter ces photos car des journalistes et photographes ont risqué leur vie pour témoigner objectivement de l'actualité mondiale. Ils permettent de mettre en difficulté des despotes et dictateurs  en attirant l'attention  de l'opinion mondiale et en révélant des vérités soigneusement camouflées.

 

Les images ont un pouvoir énorme, ne dit-on pas qu'un dessin vaut mieux qu'un long discours. Aussi , je pense que vous comprendrez mon insistance pour que les gilets jaunes puissent avoir la parole dans ce contexte VISA qui a des répercussions mondiales.

 

Nous avons été tellement dénigrés, accusés, blessés et incarcérés par une justice aux ordres, que notre confiance a été très émoussée à l'égard du pouvoir, mais hélas aussi à l'égard des journalistes qui ont travesti la vérité, tronqués des vidéos et offert des images déplorables  qui ont tourné en boucle  24h sur 24 dans nos médias nationaux.

 

Les journalistes sont considérés dans le milieu gilets jaunes mais ils peuvent faire très mal et sont alors combattus. Nous n'avons jamais compris comment ils pouvaient  accorder leurs faveurs à une violence physique par rapport à la violence orchestrée par le pouvoir qui prive des vieux et d'autres personnes fragiles de subsistance.

 

Même si Arnault, Lagardère et autres sont propriétaires des grands médias français, on peut supposer que les journalistes ont une éthique qui les contraint à montrer les réalités, les vérités. Ce qui n'est pas le cas ! Vous comprendrez que cette méfiance à l'égard des journalistes s'enracine et perturbe le fonctionnement des institutions.

 

En effet, nous assistons à une justice aux ordres, qui sanctionne les gilets jaunes avec motifs ou sans motifs, appréhendés souvent de façon arbitraire et sanctionnés plus sévèrement que les délinquants ou des terroristes. Nous aurions aimé voir les journalistes s'élever contre ces pratiques qui ne sont pas dignes de la France.

 

Un seul homme en France peut maitriser la fiscalité au point de faire payer les vieux et les cas sociaux pour donner aux entreprises du Cac 40 et des gafam des sommes colossales sans contrepartie, de piller la sécurité sociale et les régimes sociaux à sa convenance. Les médias aussi sont aux ordres et véhiculent le message officiel.

Les fraudes fiscales sont organisées et non sanctionnées, les fonctionnaires des impôts ont vu leurs effectifs réduits, ceci explique cela.

 

Oui, monsieur Leroy où pouvons nous placer notre estime ?

Nous avons tous besoin de croire en quelque chose mais hélas un climat de méfiance s'est installé et sera difficile à enrayer.

Les journalistes sont les seuls, à ce jour,  à pouvoir dénoncer l'arbitraire. Nous attendons impatiemment un sursaut de leur part pour qu'ils puissent retrouver leur fierté et mériter le respect qu'ils ont toujours suscité.

 

Je vais transmettre votre message à mon groupe pour qu'ils décident de la conduite à tenir. Nous avons aussi l'intention de tenter notre chance avec Visa off mais sans trop d'espoir.

 

Cordialement

jean Jacques BOSC

 

 

25/05/2019

M. Leroy,

Suite à nos échanges, j'ai transmis au groupe de Gilet Jaune que je représente, la teneur de nos discussions.

Après discussions, le groupe émet des réserves sur l'objectivité des photographes que vous avez sélectionné.

Au vu des dénigrements médiatiques des gilets jaunes, et des attaques sur les journalistes, ce que nous condamnons,  qu'il soit le fait de gilets jaunes au mois de décembre, ou des troupes du gouvernement au mois de février, mars, avril ou mai, il nous semble impératif de défendre la république, ses valeurs, ainsi que les libertés fondamentales qui sont bafouées dans notre pays.

Aussi, nous souhaiterions pouvoir exposer, dans la même salle ou à côté, pour apporter une vision pluraliste de l'exceptionnel et multi-forme, mouvement national des gilets jaunes. Les exposants seront des photo-journalistes ayant couverts les activités gilets jaunes en France, durant l'automne-hiver 2018 et le printemps-été 2019.

Bien sûr, vous serez consulté sur les thèmes abordés.

Vous conviendrez, que la situation actuelle de la France impose d'être à l'écoute et réactif, pour défendre les libertés fondamentales, surtout pour une manifestation a aura internationale.

De plus, nous pensons que le monde entier attend que Visa pour l'image montre l'ampleur et la diversité du mouvement Gilet Jaune.

 

En parallèle, le groupe réfléchis à des actions de portée nationale durant la période de Visa pour l'image, pour asseoir la visibilité de Perpignan et les atteintes aux libertés fondamentales et républicaines.

 

Recevez Monsieur Leroy, nos sincères salutations,

 

Avenir Gilet Jaune.

 

05/07/2019

Monsieur Leroy,
 
Vous n'avez pas donné suite à notre courrier du 25 Mai 2019.
Nous sommes affligés que vous ne fassiez aucun effort  pour nouer un discussion constructive. 
Nous aurions cru qu'un représentant du photo-journalisme, aurait compris la situation et qu'il aurait tout fait pour la désamorcer.
Est ce dû à votre tropisme parisien ? 
 
Dans tous les cas, les pré-vues que vous affichez, nous présentent comme des benêts ou des casseurs. Hors, notre mouvement est extrêmement diversifié, et mérite des reportages d'une autre qualité journalistique. 
A titre d'exemple, voici des sujets qui mériteraient d'être largement abordés: la répression policière contre les Gilets Jaunes ou contre les journalistes, les créations artistiques faites par les gilets jaunes ou encore la pauvreté endémique en France. Sur tous ces sujets et bien d'autres, nous pouvons vous présenter des journalistes ayant fait un travail digne d'un évènement international tel que le vôtre.
De plus, cette année, vous présentez des reportages vidéos, là encore nous pourrions offrir des points de vue différents à vos spectateurs.
 
Pour une bonne compréhension, nous vous rappelons nos demandes :
Nous souhaiterions pouvoir exposer pour apporter une vision pluraliste de l'exceptionnel et multi-forme, mouvement national des Gilets Jaunes. Les exposants seront des photo-journalistes ayant couvert les activités gilets jaunes en France, durant l'automne-hiver 2018 et le printemps-été 2019. 
 
 
Nous trouvons que c'est un minimum pour un  festival de photojournalisme international se tenant en France.
 

 

Recevez Monsieur Leroy, nos sincères salutations,

 

Avenir Gilet Jaune.
 
Réponse le même jour 05/07/2019
 
Bonjour à tous les membres d’Avenir Gilet Jaune, 
 
Merci pour votre message. 
 
J’avais bien pris connaissance de votre demande du 25 mai 2019, revue à la suite de ma conversation téléphonique avec Jean-Jacques Bosc. Il me semble donc, bien au contraire, que j’ai noué avec vous une discussion, malgré votre agressivité dans ce mail. 
 
Comme je l’ai expliqué par téléphone à Monsieur Bosc, dans une conversation constructive me semble t-il, en 31 ans d’existence je n’ai jamais rendu de compte à quiconque, ni à une agence, ni à un journal, ni à un entrepreneur ou propriétaire, ni à une institution. 
 
Le festival Visa pour l’Image - Perpignan est un festival indépendant, et sa programmation est le résultat de décisions indépendantes et faites en toute conscience. 
 
Comme vous le rappelez dans ce courriel, le festival a une vocation internationale, et se doit de traiter de l’actualité internationale, au travers d’expositions ET au travers de projections.
 
Sur les 24 expositions de cette année, deux sont consacrées à la mobilisation des gilets jaunes. 
Ni benêts ni casseurs, mais légitimement mobilisés face à des mesures gouvernementales qui appauvrissent la majorité des françaises et des français. 
Comme vous le dites vous-mêmes, ce sont  "des journalistes ayant fait un travail digne d'un évènement international tel que le vôtre » et "des photo-journalistes ayant couvert les activités gilets jaunes en France, durant l'automne-hiver 2018 et le printemps-été 2019". 
Je crois que les deux photographes dont nous montrons le travail ont eu à coeur de montrer l’importance, la diversité et la colère des citoyens et citoyennes engagés dans les gilets jaunes. Ils reconnaissent tous deux le caractère inédit du mouvement et l’incroyable persévérance des gilets jaunes face à une répression policière structurelle. 
Dans les images qu’ils ont prises au fil des 33 actes du mouvement, partout en France, ils ont photographié les gilets jaunes dans la rue, sur les ronds-points, sur les routes et autoroutes de France. Ils ont photographié les forces de l’ordre dans leurs actions et exactions, et les violences de part et d’autre. Ils ont témoigné des moments de complicité et de rassemblement des militants et militantes, mais aussi des moments « chauds » des manifestations et actions. 
 
Lors des soirées de projection, nous consacrerons un sujet à ce mouvement, conformément à l’importance qu’il occupe depuis novembre en France. 
Il sera donc présenté en images, dans la diversité des propositions et des images que nous avons reçues, à la hauteur d’un mouvement crucial en France, mais pas plus que les actualités cruciales qui ont lieu partout dans le monde (soulèvement au Soudan, migrants en Méditerranée et aux Etats-Unis, actualité politique internationale, attentats, Daech, crise environnementale…). 
 
Vous parlez de qualité journalistique : c’est justement mon métier. 
Tous les sujets que nous présentons sont réalisés par des professionnels, et leurs images se distinguent par leur capacité à informer, et par leur qualité visuelle et journalistique.
Vous souhaitez juger un travail sur deux images mises en ligne, c’est incroyablement injuste. 
Quelle image peut contenir tout un mouvement, dans sa diversité, sa force et son pluralisme ? Je ne connais pas de telle image. 
 
C’est un minimum en effet pour un festival à vocation internationale que de traiter de l’actualité internationale et que de faire part à l’international des actualités qui agitent la France. Nous le faisons depuis 31 ans, et le ferons tant que nous serons en activité. 
 
Je vous prie de me faire confiance et de juger sur pièce, et pas sur le principe, tout ça parce que les photographes que j’expose ont réussi à se faire publier et à manger grâce aux images qu’ils ont prises. 
Si vous avez des choses à proposer, vous pouvez faire comme l’ensemble des professionnels qui nous envoient leur travail au fil de l’année, par ici : 
 
Nous nous engageons à parler de tout, en tentant d’être le plus objectif possible et en essayant de montrer les événements dans leur pluralité. 
Nous ne ferons pas d’exception pour vous, comme nous n’en avons jamais fait pour parler de quelque sujet que ce soit.
 
Nous pouvons en reparler quand vous voulez, par téléphone, par mail, ou dès le 31 août, dans les espaces d’exposition. 
 
Bien à vous, 
 
Jean-François Leroy
 
 
 
Réponse le même jour 05/07/2019
 
Monsieur Leroy,
 
Merci de votre réponse, nous comptons sur votre professionnalisme pour en juger sur place.
Le mouvement des gilets jaunes restera attentif à ce que son image soit montrée de manière réaliste et journalistiquement "neutre".
Et nous serons particulièrement vigilant à l'exposition des violations des libertés publiques ou journalistiques, dans notre république.
Recevez Monsieur Leroy, nos sincères salutations,

 

Avenir Gilet Jaune.
 
 

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